Ce rêve que je fais souvent…

Je rêve d’une province où l’atmosphère est tumultueuse dès que l’ouragan frappe. L’air pourtant est pur en toute saison. Les sapins s’inclinent quand souffle le vent comme s’ils imploraient le soleil. 

Dans ce rêve, je me vois profiter du beau temps au bord de la mer, quand je vois le plus fascinant des hommes. Je ne suis pas capable de me rappeler ses traits mais je me rappelle très bien que si les regards avaient un langage, le plus simple d’esprit aurait pu deviner que j’étais folle amoureuse. Son regard fut doux en retour. Mais au fil du temps, tel le colimaçon, à chaque regard, je me repliai un peu plus sur moi-même, à en faire douter l’autre d’une erreur et le faire fuir. 

Les jours qui suivent, je ne me lève plus et reste au lit jusque tard. J’ai beau me répéter qu’une personne qui n’a pas fait la moitié de sa besogne de la journée à 10h risque de laisser inachevée l’autre moitié, rien n’y fait. Et je fais croire à un sérieux rhume. 

Mais dans ce rêve, je me dis qu’il n’aura jamais su comme je l’aime, pas parce qu’il était beau, mais parce qu’il me semblait qu’il était plus moi-même que je ne l’étais. Nos âmes étaient pareilles. 

Nous avions les mêmes souffrances. Et si le monde mourrait et qu’il restait, je resterai, mais si le monde restait et qu’il mourrait, alors je mourrais aussi. 

Parce qu’il est toujours dans ma tête, pas comme un plaisir mais comme une partie de moi. 

Puis dans un autre rêve, je le vois marié avec une autre femme mais sommes restés amis. Bien que je la déteste d’une haine indescriptible, je suis incapable de lui faire du mal parce qu’il la désire. Mais j’attends chaque jour le moment où il aura cessé de lui porter de l’intérêt pour pouvoir lui arracher le cœur. En attendant je meurs à petits feux sans toucher à un seul de ses cheveux. 

S’il devait mourir tant que je vis, je souhaiterai juste qu’il ne puisse jamais trouver le repos, et qu’il revienne me hanter. Parce que vivre sa vie dans un abime, ce n’est pas humain, comment vivre sans son âme ? 

J’aimerai tellement me venger mais je découvre amèrement que la traîtrise et la violence sont des couteaux à double tranchant, elles blessent ceux qui y ont recours bien plus grièvement que les ennemis. 

J’aimerai bien comprendre ce rêve qui me poursuit, chaque jour un peu différent. 

Tenter d’oublier est un travail à plein temps.

J’ai décommandé. Je préfère errer. De partout, l’ambiance est virtuelle. Je suis tellement habituée à être seule chez moi que je demeure isolée de la foule, le regard fixe, un verre vide à la main, ne cherchant plus personne. Incapable de m’intéresser à quiconque. La solitude est la conséquence logique de l’individualisme. L’égoïsme économique est devenu un mode de vie. Comment peut-on briller dans une conversation humaine face à quelqu’un quand on est habitué à prendre un quart d’heure pour répondre par écrit ? Le virtuel est notre refuge contre le vrai.

Tenter d’oublier est un travail à plein temps. Si je savais pourquoi je l’aime, ça voudrait dire que je ne l’aime pas.

Je vais vraiment finir par croire que les hommes sont toujours entre une ex et une future, car le présent ne les intéresse pas. Ils préfèrent naviguer entre la nostalgie et l’espoir, entre la perte et le fantasme. Comme s’ils étaient coincés entre deux absentes alors que l’une est pourtant bien présente.

Leurs déclarations d’amour arrivent toujours soit trop tôt soit trop tard parce qu’ils ne les disent que pour séduire ou rassurer.

J’aime être amoureuse parce que j’aime être étonnée. Si l’étonnement disparait, c’est la fin. Je pense qu’en amour il y a 90% de curiosité contre seulement 10% de peur de mourir abandonné comme une vieille merde.

Chaque fois, je suis confrontée aux mêmes problèmes. Les hommes fuient celles qui leur plait, ont peur de celles qui les attirent, évitent celles qu’ils aiment et draguent celles qui s’en foutent.

Autrement dit, pour que les gens tombent amoureux, il n’y a pas 36 méthodes: il faut faire semblant de s’en foutre complètement. C’est un stratagème infaillible. Parce que tout le monde est pareil, tout le monde devient fou de ceux qui s’en foutent.

C’est donc cela ? Faire croire à la personne qu’on désire le plus au monde qu’elle nous laisse de marbre ? L’amour consiste-t-il à jouer la comédie de l’indifférence, à cacher ses battements de coeur, à dire l’inverse de ce qu’on ressent ? Veux-t-on me faire croire que l’amour est une escroquerie de plus ?

Je ne sais pas faire. Je n’ai jamais su faire. Les cons aiments être flattés et les intelligents aiment être critiqués, est-ce pour autant que je vais leur donner ce qu’ils veulent si cela va à l’encontre de ce que je pense ?

Tout fonctionne à l’envers.

Ce n’est plus la publicité qui copie la vie, c’est la vie qui copie la publicité.

Pourquoi je ne regarde plus la télévision ? Parce que je suis dégoutée entre autres des publicitaires. Ils polluent tout. Ils nous vendent de la merde. Ils font rêver les gens de choses qu’ils n’auront jamais. Un « bonheur » parfait retouché sur Photoshop. Et le jour où certains parviennent à se payer l’objet de leurs rêves, il est déjà démodé. Les publicitaires ont toujours trois coups d’vance. Quand est-ce que les gens vont comprendre que leur job est de les frustrer ? Que la nouveauté ne reste jamais neuve ? Dans cette profession, personne ne souhaite le bonheur de personne, parce que les gens heureux ne consomment pas.

J’en arrive même des fois à me demander si en promettant aux humains de tous les pays de gagner suffisamment d’argent pour pouvoir ressembler à une publicité en particulier et en contrepartie de détruire toutes les forêts, ils n’y iraient pas en sifflotant…

Ces publicitaires arrogants qui aiment à dire qu’ils sont des créatifs, un job où leur salaire les justifie. Ils peuvent toucher en quelques années ce que nous touchons en une vie entière, soit disant que leur carrière est éphémère.

La vie dans ces entreprises reproduit la cruauté de l’école, en plus violent car personne ne vous protège. Les gens sont grossiers et agressifs comme dans nos plus affreux souvenirs de cour de récréation.

Comment on fait pour se réveiller, quand on ne dort pas ?

Certains ressortiront comme des automates le couplet que l’argent ne fait pas le bonheur. Bon, personnellement, je dis juste que pour savoir que l’argent ne fait pas le bonheur, encore faut-il avoir connu les deux: l’argent et le bonheur.

Je ne sais pas pourquoi cela me fait penser à une réplique du film « Las Vegas Parano »: « Dans une société bloquée où tout le monde est coupable, le seul crime est de se faire prendre. Dans un univers de voleurs, le seul péché définitif est la stupidité. »

Notre monde est à l’envers !! Les jeunes qui brûlent les voitures ont tout compris de notre société. Ils ne les brûlent pas parce qu’ils ne peuvent pas les avoir: ils les brûlent pour ne pas les vouloir.

Parce que la différence entre les riches et les pauvres c’est que les pauvres vendent de la drogue pour se payer une paire de Nike alors que les riches vendent leur Nike pour s’acheter de la drogue.

Alors c’est ça la vie qu’on propose à nos jeunes ? On nait, on meurt, et entre les deux on a mal au ventre. A 15 ans quand on est amoureux, à 25 ans quand on est angoissé par l’avenir, à 35 ans quand on boit, à 45 ans quand on travaille trop, à 55 ans quand on n’est plus amoureux, à 65 ans quand on est angoissé par le passé, à 75 ans quand on a un cancer généralisé. Et, en fait, dans tous les intervalles, on n’aura fait qu’obéir. Obéir aux parents, puis aux professeurs, puis aux patrons, puis aux maris et pour finir aux médecins.

Il ne faut pas prendre les gens pour des cons. Mais il ne faut pas non plus oublier qu’ils le sont. C’est méchant de dire ça mais c’est une vérité. Les professionnels de la publicité par exemple, ils donnent envie à des gens qui n’en ont pas les moyens d’acheter une nouvelle chose dont ils n’avaient pas besoin dix minutes auparavant. C’est bouleversant, ça me donne les larmes aux yeux.

Tout est faussé, jusque dans les voyages organisés et les tour operator. Ils transforment les voyageurs en contrôleurs, la découverte en vérification, l’étonnement en repérage et le Routard en St Thomas. De retour de voyage, pouvoir dire que c’était merveilleux, conforme à la brochure.

Ce n’est plus la publicité qui copie la vie comme c’était le cas il y a quelques temps, c’est la vie qui copie la publicité.

Un mauvais rêve

Certaines nuits, dormir semble être un luxe. Pouvoir dormir pour se réveiller d’un mauvais rêve. Juste pour que tout ceci ne soit jamais arrivé. Faire un reset de sa vie. C’est soi-même qu’on abîme le plus quand on fait souffrir quelqu’un. Alors, t’ai-je fait souffrir? Si non, pourquoi j’ai mal ?

Je ne fais pas partie de celles qui attendent le Prince Charmant, je sais que c’est un concept publicitaire débile. Il engendre des déçues, des futures vieilles filles, des aigries. Moi je veux mon homme imparfait, lui seul pourra me rendre heureuse. Le Grand Amour, avec ses hauts et ses bas. Je rêve de sincérite, de passion, d’absolu. Je pensais que c’était toi. Chaque jour, tu savait m’étonner. Je laissais avec toi la Nature (c’est-à-dire le désir) faire son office.

Je n’écoute pas les cyniques qui disent toujours que de toute façon au bout d’un certain temps, un couple doit soit se quitter, soit se suicider, soit faire des enfants. Trois façons selon eux de signer la fin. Non, moi je crois que la sincérité d’un amour peut être plus fort que tout. Je pense aussi que l’amour le plus fort est celui qui n’est pas partagé. Même si j’aurai préféré ne jamais le savoir c’est la vérité. Parce qu’il n’y a rien de pire que d’aimer quelqu’un qui ne t’aime pas. Mais paradoxalement, c’est aussi un très belle chose parce qu’aimer quelqu’un qui t’aime aussi, c’est une forme de narcissisme. Aimer quelqu’un qui ne t’aime pas, là, c’est véritable. Alors peut-être que j’en suis là.

Confucius a dit: » Donner plus de prix à l’effort qu’à la récompense, cela s’appelle l’amour. » Je suis prête à laisser nos querelles de côté et recommencer.

Pendant mes 4 années de célibat, je me suis souvent demandé s’il était mieux de faire l’amour sans aimer ou d’aimer, sans faire l’amour. Je pense qu’aujourd’hui je choisirai la deuxième option.

Pourquoi fuis-tu le bonheur ? As-tu peur qu’il ne se sauve ? Que faisons-nous de la Nature ? Elle nous donne un désir brûlant l’un pour l’autre, crois-tu à une simple coïncidence ? ou à une signe ? Je ne peux pas me résoudre à aller contre-nature.

J’ai été confronté ces derniers jours à un problème. Je pense que je l’ai pris à l’envers. Je m’explique. Ma volonté d’être heureuse m’a faite me dire que j’avais besoin de sécurité, que tu ne m’apportais pas. Mais aujourd’hui, dans ce lit froid où tu m’as laissée et où je suis toujours, je me dis que oui pour être heureux on a besoin de sécurité, mais pour être amoureux on a besoin d’insécurité. Et tu as raison quand tu dis que notre relation en est à un stade précis. Pas pour les raisons que tu donnais mais pour celles-ci. Le bonheur repose sur la confiance certes, mais l’amour, lui, exige du doute et de l’inquiétude. La vibration du manque.

Notre parenthèse était une fête. Pas dans le sens littéral du terme. C’était la fête à l’intérieur de moi à chaque moment que nous passions ensemble.

SHOW MUST GO ON ….

J’ai bien connu la dépression moi aussi. Je croyais qu’être seule était une maladie honteuse puis je me suis demandée pourquoi tout le monde fuyait la solitude. Et j’ai compris. La solitude oblige à penser. Si Descartes vivait à notre époque, il dirait: »Je suis seul, donc je pense. » Personne ne veut de la solitude, elle laisse bien trop de temps pour réfléchir. Et c’est bien connu, plus on pense, plus on est intelligent, plus on est triste.

J’ai peut-être trouvé la réponse à ma première question « pourquoi j’ai mal ? »

Alors je vais me lever de ce lit parce que le malheur fait maigrir et je ne suis pas au régime.

Je vais quand même un peu penser à toi, à tes silences amusés, à tes soupirs distraits, tes chevilles qui frétillent, tes mèches de cheveux rebelle. Tout ce qui m’a faite craquer et me fait encore craquer. Parce que tu as en toi un trésor caché.

Je ne devrais pas écriré ça mais cela m’est venu spontanémeent alors tant pis ou tant mieux, spontanéité oblige….

Je t’attendrai.

La contemplation de l’éternité dans le mouvement même de la vie.

C’est toujours la même rengaine. De temps en temps, j’écoute les gens et ça me fait soupirer de voir ces adultes prendre le temps de s’asseoir et de contempler le désastre qu’est leur vie. Je les vois se lamenter sans comprendre et ils me font penser à des mouches qui se cognent toujours à la même vitre, je les observe s’agiter, souffrir, dépérir, déprimer et s’interroger sur l’engrenage qui les a conduits là où ils ne voulaient pas aller. Alors il y a les plus intelligents qui en font presque une religion: »Ah ! La méprisable vacuité de l’existence ! » Puis il y a les cyniques qui demandent d’un air désabusé et satisfait: »Que sont devenus nos rêves de jeunesse ? Ils se sont envolés et la vie est une chienne. » Mais, bordel, pourquoi cette fausse lucidité de la maturité ? Moi je pense que la vérité c’est qu’ils sont comme les autres, des gamins qui ne comprennent pas ce qui leur est arrivé et qui jouent aux gros durs alors qu’ils ont envie de pleurer.

Enfant, j’avais eu l’idée folle de programmer un samedi de juin, de mettre le feu à la maison en utilisant les allume-feu du barbecue. Le samedi tout le monde vaquait à ses occupations en ville. J’aurai sorti le chat et prévenu les pompiers suffisamment tôt pour ne pas que le feu se propage vers les autres habitations. Puis je serai partie dormir dans ma cabane. Tout ça pourquoi ? Parce que je ne comprenais pas que des tas de gens vivent entassés à 15 dans 20m² et que certains meurent parce qu’un incendie avait éclaté dans leur bâtiment insalubre.

Oui, j’étais en décalage par rapport à mes camarades dans mes façons de raisonner, je le suis probablement encore. Je m’émerveille depuis 20 ans devant le haka de l’équipe néo-zélandaise. La première fois que j’en ai vu un, j’ai été hypnotisée par un joueur en particulier. Il bougeait, il faisait les mêmes gestes que les autres (se taper les paumes de mains sur les cuisses, marteler le sol en cadence, se toucher les coudes, le tout en regardant l’adversaire dans les yeux avec un air de guerrier énervé) mais, alors que les gestes des autres allaient vers leurs adversaires et tout le stade qui les regardait, les gestes de ce joueur restaient en lui-même, restaient concentrés sur lui, et ça lui donnait une présence, une intensité incroyables. Et du coup, le haka, qui est un chant guerrier, prenait toute sa force. Et ce qui fait la force du soldat, ce n’est pas l’énergie qu’il déploie à intimider l’autre en lui envoyant tout un tas de signaux, c’est la force qu’il est capable de concentrer en lui-même, en restant centré sur soi. C’est comme ça que chaque fois que je vois un un joueur maori, il devient un arbre, un grand chêne indestructible avec des racines profondes, un rayonnement puissant que j’en suis sûre tout le monde sent. Mais moi j’étais sûre que pourtant, le grand chêne pouvait aussi voler, qu’il allait être aussi rapide que l’air, malgré ou grâce à ses grandes racines.

Au jour d’aujourd’hui, avec le temps et l’expérience, je me dis que la vraie nouveauté, c’est ce qui ne vieillit pas, malgré le temps. Un edelweiss sur un sommet, les roches rouges de la Sainte Victoire, le bleu éclatant de la Méditerranée, cette éclosion de la beauté pure au coeur des passions éphémères, ne serait-ce pas ce à quoi nous aspirons tous ? Pourquoi ne pourrions-nous pas l’atteindre ? La contemplation de l’éternité dans le mouvement même de la vie. Car cette quête de sens et de beauté n’est pas vraiment le signe d’une nature altière de l’homme qui cherche à échapper à son animalité et qui trouverait dans les lumières de l’esprit, la justification de son être. C’est plutôt comme une arme aiguisée au service d’une fin matérielle et triviale. Si chacun se permet de survivre par l’intelligence, ce qui nous distingue des animaux, il aurait la possibilité d’une complexité sans fondement, d’une pensée sans utilité et d’une beauté sans fonction.

Pourtant, en regardant tomber un bouton de rose, j’ai aussi trouvé ça beau. Peut-être que ce qui est beau c’est ce qu’on saisit alors que ça passe. C’est la configuration éphémère des choses au moment où on en voit en même temps la beauté et la mort. Aïe Aïe Aïe. Ca veut dire que c’est comme ça qu’il faut mener sa vie ? Toujours en équilibre entre la beauté et la mort, le mouvement et sa disparition ? C’est peut-être ça alors, être vivant: traquer des instants qui meurent.

Le chemin.

Quand j’ose regarder en arrière, je vois le chemin parcouru. Aujourd’hui j’ai eu ce flash de mes 17 ans seule avec mon frère. Je me rappelle de ce jour où il m’avait prévenue que quelqu’un devait passer chez nous. J’avais répondu « pas de problème » mais pourtant si, il y en avait un, et il était énorme: jamais auparavant quelqu’un d’autre n’était venu chez nous. On était là comme à l’abri du monde. Or, un inconnu allait s’introduire à l’intérieur, ouvrir la porte et, par là, laisser entrer tous les courants d’air du dehors, les vies, les peurs, les craintes et les cris. La fragilité de l’équilibre de l’univers que je m’étais crée m’apparut alors dans toute sa splendeur: un coup de vent, un loquet mal fermé et tout ce qui faisait ce que j’étais pouvait partir en vrille.

Je me rappelle aussi d’un jour 10 ans plus tard, dans mon appartement d’Annemasse (Haute-Savoie) qui m’offrait une vue sublime sur les montagnes. Je sens encore le soleil éclater dans cette jolie petite chambre, venir titiller mes pommettes, me rappeler à une réalité toute neuve. Je me réveillai d’une humeur sublime. Mon premier geste fut de me regarder dans le miroir et de me trouver belle, c’est dire si les choses avaient changé. La couleur de mes cheveux, éclatante sous cette luminosité en dentelle, était, sans mentir, merveilleuse. Mes yeux, marrons, profonds, en disaient tellement long qu’ils éclaboussaient le monde d’une vérité magnifique. Ma peau était laiteuse comme celle de l’enfant calme. Alors que peu de temps avant, j’étais cadavérique, vilaine junkie marquée au fer rouge, un zombie. Pourtant, peu de choses de l’extérieur avaient changé. Juste le regard de celle qui ne s’aimait pas et que personne n’aimait. Juste l’envie d’être ce que je voulais. Juste la certitude de savoir ce qui était bon pour moi. Juste la satisfaction d’avoir réussi à garder la tête hors de l’eau. J’avais tout gagné, et ma revanche sur tout et ma renaissance.

La direction.

Disons qu’elle m’avait montré la direction, au loin, sans me mettre la pression sur des choses dont je n’étais pas encore pleinement capable.

Progresser, sans être ligotée à un but, c’était le défi. Je m’aide en me demandant ce à quoi la vie m’appelle, ici et maintenant. Et si je traverse des zones du turbulences, cette question me permet d’essayer de ne pas me précipiter. Elle me redirige vers le concret quand je me perds dans les brumes du mental.

Ma plus grosse difficulté encore aujourd’hui est la confrontation à ceux qui ne développent pas de réel intérêt pour l’autre et qui ne sont pas capables de sortir de la logique du « j’ai raison donc tu as tort ». Pourquoi nous fixer des étiquettes ? Pourquoi faudrait-il choisir entre deux religions par exemple ? Imaginons que le Bouddha me nourrisse au quotidien, tout comme le Christ. Me demanderait-on de renoncer à l’un de mes enfants, l’un de mes amis, l’un de mes parents ? Ceux que je n’aime pas sont ceux qui pratique le tourisme spirituel en créant une sorte de soupe avec toutes ces religions, des fanatiques.

Elle m’a aussi aidée quand à l’estime de soi grâce à la gratitude. Que doit-on aux autres lorsqu’on se sent heureux ou qu’on vit un certain succés ? De fonctionner sur ce mode, m’a paradoxalement permise de prendre confiance en moi. La gratitude m’a libérée de cette fausse confiance en moi qui ne me faisait croire qu’en mes forces et mes capacités. Du coup, cette nouvelle confiance en soi est plus intelligente et plus large. Elle s’ancre dans toutes les sources d’aide, d’amour, d’affection auxquelles on ne fait pas forcément attention et qu’on ne sollicite que lorsqu’on était au fond du trou alors que le mieux est d’y penser quand on est bien, quand on réussit, quand on atteint nos objectifs. Au lieu de nous affablir, comme se plaisent à le penser les narcissiques, se dire qu’on doit aux autres une partie de ce qu’on vit nous renforce en augmentant notre sentiment de lien et de solidarité avec les autres. Elle disait que cultiver la conscience de ce qu’on doit aux autres pour nous sentir plus fort est un bon chemin de traverse. Elle prenait l’exemple du cycle de vie d’un objet courant et disait que je tenais dans ma main une simple feuille de papier et qu’au moins 35 pays avaient rendu ce geste possible.

Elle m’a aussi appris à ne plus craindre mes émotions négatives parce que ces peurs qui aujourd’hui me tenaillent m’ont sauvé la vie. Je ne l’avais jamais vu sous cet angle, mais que ce soit l’hyper-anxiété et l’impatience ont eu une fonction: sauver ma peau en m’éloignant de la résignation, du découragement et des mille et un obstacles que je devais franchir. Mais aujourd’hui, ces deux travers très coriaces sont devenues des béquilles encombrantes. Et elle me disait alors, qu’il est des instruments de la vie qui servent un temps mais que nous devons abandonner pour avancer.

Mais alors comment faire ? Puisque tout miser sur la volonté ou au contraire, abdiquer et démissionner sont tout deux, deux dangers ? Le volontarisme c’est bien beau, mais en nous attribuant  les pleins pouvoirs, il ignore nos limites…